Cartes blanches

Carte blanche : N’achetons pas de nouveaux avions de combat !


Les avions chasseurs-bombardiers F-16 de l’armée belge seront tous en fin de vie en 2028. Dans sa déclaration de politique générale d’octobre 2014, le gouvernement fédéral s’est engagé à acheter de nouveaux avions de combat avant la fin de la législature. Le Gouvernement a pris cette décision avant même d’avoir développé sa vision quant à l’avenir de la politique extérieure et de défense et, partant, de l’avenir de l’armée belge nécessairement impactée par l’investissement annoncé. Le monde à l’envers.

Allons-nous réellement investir 15 milliards d’euro[1] dans des avions de combat? Cet investissement d’argent public est-il réellement le plus pertinent  au vu des interventions catastrophiques d’Irak, d’Afghanistan ou de Libye pour lesquelles nous dénombrons désormais des millions de victimes civiles?

Une dépense irresponsable

Le 22 décembre 2015, le gouvernement fédéral s’est finalement accordé sur l’achat de 34 nouveaux avions de combat. Une dépense d’au moins 15 milliards d’euro répartie sur toute la durée du programme de remplacement, soit 39 ans. 385 millions d’euros par an. Sans compter les frais des futures interventions militaires que ces avions rendront possibles. Un montant qui dépasse très largement les 5,5 milliards annoncés dans le plan stratégique du ministre de la défense Défense Steven Vandeput. Un montant qui devra pourtant probablement être revu à la hausse.

En effet, cette estimation de 15 milliards d’euro, évaluée par l’armée belge, se base sur un prix d’achat de 3,5 milliards d’euro pour les 34 appareils. Aucun exemple étranger ne permet d’étayer ce devis décidément trop optimiste. En outre, l’estimation de 15 milliards ne prend aucune marge de sécurité budgétaire en compte (contrairement, par exemple, aux Pays-Bas où 10% de marge sont systématiquement réservés). Enfin, si le gouvernement décide effectivement de doter les remplaçants des F16 d’une capacité nucléaire, la facture n’en sera que plus lourde.

Quand on le lui demande, le gouvernement ne parvient pas à répondre à cette simple question : comment tout cela va-t-il être payé?

Aucune solution durable aux conflits

Les interventions militaires en Afghanistan, en Irak ou en Libye, auxquelles la Belgique a participé, n’ont pas apporté la paix et la stabilité. Elles ont participé à la déstabilisation et à la destruction de ces pays, fuis par des centaines de milliers de réfugiés n’ayant plus aucune autre perspective d’avenir. Elles ont nourri un terreau fertile aux groupes terroristes comme al Qaïda ou Daech. En participant à des missions aériennes, nos gouvernements suivent la politique du moindre risque : celle de ne pas voir se faire renvoyer de sacs mortuaires. Et les plus de 2.000 avions de chasse de dernière génération détenus par les États membres de l’Union européenne prouvent que cette politique est partagée.

Les alternatives aux interventions militaires pour travailler à la paix et la sécurité ne vont pas de soi. Elles découlent d’une évaluation approfondie des événements passés et engagent des choix politiques vigoureux. L’UE et l’ONU disposent de nombreux mécanismes de prévention des conflits, de construction de la paix et de diplomatie. Mais ceux-ci souffrent d’un sous-financement chronique. En Belgique, le service « construction de la paix et prévention des conflits » du ministère des Affaires étrangères a purement et simplement été supprimé il y a quelques années, alors que le budget pour les deux postes s’élevait à un maigre montant de 5 millions d’euro. Une minuscule fraction des milliards que l’on s’apprête à dépenser pour les nouveaux avions de combat, mais qui pourrait faire une réelle différence.

Capacité nucléaire

Il y a encore et toujours des armes nucléaires sur la base aérienne belge de Kleine Brogel. Des bombes américaines. Mais ce sont les pilotes belges des F-16 qui sont entraînés pour les transporter et les larguer. Avec l’achat de nouveaux avions de combat, le gouvernement veut-il prolonger cette capacité nucléaire de 40 ans ? Une telle décision irait frontalement à l’encontre de la tendance internationale croissante vers le désarmement nucléaire mondial. L’année dernière en effet, 127 pays membres des Nations unies ont signé la «Promesse humanitaire», qui appelle à entamer des négociations diplomatiques pour un Traité d’interdiction des armes nucléaires. Notre pays ne figure pas dans la liste.

#PasDAvionsDeChasse

Ce point de vue est partagé par une bonne partie de la population belge. Avant les dernières élections fédérales, une enquête de l’Université d’Anvers a en effet souligné que seule une minorité de Belges (25%), y compris au sein des partis de l’actuelle majorité, était en faveur de l’achat de nouveaux avions de combat.

Pour nous, c’est une évidence: les nouveaux avions chasseurs-bombardiers, qui viendraient s’ajouter aux 2.000 déjà présents sur le territoire de l’Union européenne, ont un coût trop élevé. Ils ne contribuent pas à une solution durable aux conflits et risquent de prolonger la présence des armes nucléaires américaines sur le sol belge pour plusieurs décennies encore.

Nous appelons donc à être massivement présents lors de la manifestation nationale le dimanche 24 Avril à Bruxelles afin de faire entendre ce message plus clairement encore : Non aux nouveaux avions de chasse !

Vincent De Brouwer, Directeur de Greenpeace Belgique

Stefaan Declercq, Directeur d’Oxfam Solidarité

Malou Gay, Co-directrice du CIRE

Christian Kunsch, Président du MOC


[1] Chiffre avancé par le Colonel Harold Van Pee, responsable du programme de remplacement du f16 au sein de l’État-major de la Défense, en Commission Défense de la Chambre des Représentants le 24 février dernier