Courrier

Courrier envoyé à la Ministre de la Défense sur la double capacité des futurs avions de combat F35

Bruxelles, le 23 octobre 2020

Samuel Legros et Ludo De Brabander

Porte-paroles

de la coalition belge contre les armes nucléaires

de la plateforme « Pas d’avions de chasse »

C/O CNAPD

51, chaussée d’Haecht

1210 Bruxelles

Madame Ludivine Dedonder

Ministre de la Défense

Rue Lambermont 6-8

1000 Bruxelles

Concerne : la double capacité des futurs avions de combat F35 de la Belgique

Madame la Ministre,

En tant que porte-paroles des 60 associations de la coalition belge contre les armes nucléaires (www.nonukes.be) et des 130 associations de la plateforme « Pas d’avions de chasse – Geen gevechtsvliegtuigen » (www.pasdavionsdechasse.be), nous nous permettons de prendre contact avec vous suite aux échanges qui ont eu lieu à la Chambre des Représentants autour de la procédure d’achat des F35 et la potentielle capacité nucléaire qui pourrait leur être conférée.

Lors de la séance de la Commission de la Défense nationale du 14 octobre dernier en effet, Monsieur le Député Theo Francken s’inquiétait de ce que la double capacité des avions F35 que la Belgique a commandé puisse être « désactivée ». Dans votre réponse, vous ne paraissez pas remettre en question l’activation de cette double capacité, implicitement soutenue par la question de Monsieur Francken.

Or, tant le Ministre Vandeput que le Ministre Reynders avaient tous deux déclaré que la décision de doter les futurs F35 belges de la capacité nucléaire devait être prise par le gouvernement formé après les élections de mai 2019. La confirmation la plus récente est celle du Ministre Reynders en Commission de la Défense nationale du 16 janvier 2019. Ce faisant, le Ministre rappelait également que le « memorandum of understanding » prévoyait que les avions belges soient équipés des normes les plus récentes possibles, à savoir les F35 de « block 4 » dont le développement est prévu à l’horizon 2023, pour lesquels l’option nucléaire est incluse. Nous comprenons donc que le gouvernement précédent s’est engagé à acheter des avions de combat équipés du block 4 qui leur permettent automatiquement d’effectuer des tâches nucléaires, mais que la possibilité de doter effectivement les appareils de la capacité nucléaire doit être décidée par le gouvernement qui émanerait des élections de mai 2019.

Le nouvel accord de gouvernement souligne que la Belgique veut « s’investir de manière active dans le désarmement nucléaire » et rappelle que « le Traité de non-prolifération (TNP) reste la pierre angulaire du régime mondiale de non-prolifération nucléaire ». Il propose même de manière inédite de vérifier « comment le Traité des Nations-Unies sur l’Interdiction des Armes nucléaires peut donner un nouvel élan au désarmement nucléaire multilatéral ».  C’est ainsi que dans votre réponse à la question de Monsieur Francken, vous rappelez l’aspiration de notre pays à un monde dénucléarisé ainsi que le nécessaire respect, par toutes les puissances nucléaires, du Traité de non-prolifération. Vous semblez donc soutenir, comme nous, la nécessaire et urgente réorientation de la politique belge en matière d’armement nucléaire.

Vous précisez d’ailleurs que les logiciels du block 4 concernent également d’autres capacités que celles du DCA. Or, à notre connaissance, ces capacités supplémentaires sont d’ordre anecdotique et viennent en outre endommager le fonctionnement des logiciels déjà présents sur le F35 block 3F. Nous serions curieux de lire les différents éléments que vous voudriez bien nous transmettre qui pourraient étayer l’intérêt de la Belgique pour le F35 de block 4, autre que la capacité nucléaire qu’il permet.

En tout état de cause, s’il s’avérait effectivement que le F35 block 4 puisse ne pas être doté de la double capacité, nous nous permettons de vous rappeler à cet égard que les capacités de combat proposées par le F35 block 3F outrepassent d’ores et déjà la doctrine militaire belge et les missions que l’armée accepte jusqu’à maintenant d’endosser.  

Enfin, en contradiction avec les éléments de réponse précédents, vous concluez votre intervention en Commission de la Défense nationale en rappelant la souscription de la Belgique à la politique de dissuasion nucléaire de l’OTAN. Vous ajoutez à cet effet de manière sibylline que « le logiciel ne sera donc pas adapté ». Nous vous saurions gré de bien vouloir nous transmettre davantage de précisions sur le logiciel dont il est question et de nous confirmer qu’il revient effectivement au gouvernement actuel de prendre la décision quant à l’éventuelle double capacité des futurs F35 belges. Toutes ces questions, outre la réponse écrite qu’elles peuvent entraîner, nous poussent à solliciter une entrevue afin de pouvoir échanger directement avec vous autour d’elles. 

Dans l’attente de votre réponse, nous vous assurons de notre disponibilité et vous prions de croire, Madame la Ministre, en nos respectueuses considérations.

Ludo De Brabander (Vrede vzw), Samuel Legros (CNAPD)