FAQ

1Quels sont les arguments avancés par le gouvernement belge pour procéder à l'achat de ces 34 avions chasseurs-bombardiers ?
La Belgique, qui possède actuellement une flotte de 54 F16, souhaite les remplacer par 34 avions de combat flambant neufs. Pour justifier ce remplacement au coût exorbitant (Q5), le gouvernement avance notamment la nécessité de continuer à être entendu sur la scène internationale en restant "un partenaire fiable et loyal" au sein de l'OTAN, et en continuant de "participer activement à la paix et la stabilité internationale". Au regard des différents bilans des interventions de l'OTAN à l'étranger (Q14), on ne peut que douter de l'aspect "pacifiant et stabilisateur" de ces avions dans le règlement des crises internationales. Leur utilisation (devenant systématique) dans les interventions extérieures n'ayant eu de cesse, avec évidence, de prouver leur inefficacité et leur contre-productivité (Q13).
2Via quelle procédure le gouvernement a souhaité réaliser cet achat ?

La Belgique a eu recours à un appel d'offre conformément à la législation nationale et européenne sur les marchés publics pour la défense. Cette procédure met en concurrence cinq candidats présélectionnés par la Belgique, qui choisit le "meilleur" candidat au terme de la procédure, en fonction de critères dont les citoyens ne savent rien.

Les règles européennes de ce type de marché sont supposés s’organiser autour de la concurrence libre et non faussée, selon trois grands principes : la transparence, la non discrimination des candidats et l'équité du marché.

Or, cette condition de concurrence libre et non faussée n’est manifestement pas remplie : parmi les 5 candidats initialement en lice, il n'en reste aujourd’hui (mars 2018) que deux : le F35 de Lockheed Martin (Américain) et le Typhoon d'Eurofighter (Européen). Le F35 est manifestement privilégié. L'armée Belge a clairement montré sa préférence pour le F35 et 3 candidats sur 5 se sont retirés de la procédure (Saab, Dassault, Boeing) évoquant le fait que la mise en concurrence n'était pas équitable (lien hypertexte carte blanche). De plus, le gouvernement Belge reste absolument opaque sur les critères de sélection qui détermineront le gagnant de ce marché (manque de transparence). En outre, la France a transmis à la Belgique une offre parallèle sans respecter la mise en concurrence voulue par le gouvernement Belge.

On peut donc sérieusement douter de la légalité de cette procédure de marché public qui ne semble ni transparente, ni équitable, d'autant que la victoire du F35 semble courue d'avance.

3Le critère de la capacité nucléaire est-il un critère déterminant dans le choix du candidat pour remplacer les F16 de l’armée belge?

Malgré le manque total de transparence du gouvernement à ce sujet, tout porte à croire que la capacité des avions de chasse à transporter et larguer des bombes nucléaires sera déterminante dans le choix du candidat pour ce remplacement. En effet, la Belgique stocke des têtes nucléaires américaines (une vingtaine de bombes B61) dans sa base militaire de Kleine Brogel et les militaires belges sont entraînés au transport et au largage des bombes nucléaires à l’aide des F16 actuels. Des bombes qui, d’ailleurs, vont être « modernisées » d’ici à 2020 pour les rendre « plus précises » et « plus déployables ».

Or, le transport de ces bombes nécessite des codages spéciaux. La potentielle capacité nucléaire d’avions non-américains nécessiterait donc un transfert de ces codes de la part des États-Unis, ce qui est peu probable, les puissances nucléaires refusant en principe le partage de cette technologie. Des 3 candidats encore en lice (Q2), c'est le F35 américain, annoncé comme favori, qui est actuellement le seul à être mécaniquement en mesure de transporter les bombes nucléaires de Kleine Brogel.

D'autre part, l'un des candidats originairement en lice, Saab (Suède), s'est retiré de l’appel d’offre de la Belgique, soulignant "que ce contrat risquait de rentrer en conflit avec la politique internationale de la Suède". Même si une telle justification reste sujette à plusieurs interprétations, il faut garder à l'esprit que le gouvernement suédois interdit la vente d'appareils capables de transporter l'arme atomique.

Pour le remplacement des F16 de l’armée belge, l'argument de "rester un partenaire fiable et loyal au sein de l'OTAN" mis en avant par le gouvernement belge, au delà de la prolongation de son engagement dans les opérations atlantistes, signifie aussi la conservation de la capacité nucléaire de la Belgique. La "dissuasion nucléaire" étant un élément central de la vision stratégique de l'OTAN (Q8).

4Combien coûte un avion chasseur-bombardier ?

Il est impossible d'en prévoir précisément le prix tant ce dernier dépend de facteurs multiples, mais un avion de chasse coûte entre 118 et 150 millions d'euros pièce. Ceci correspond, à titre comparatif, au prix d'un hôpital.

Le prix final proposé par les constructeurs encore en lice (qui restera secret jusqu'à la conclusion du contrat) est cependant fixé depuis le 14 février 2018, jour où les deux candidats restant dans la procédure officielle (Q2) ont du remettre leur « Best and final offer » au gouvernement belge.

5Combien l'achat de ces avions chasseurs-bombardiers va-t-il coûter à la Belgique ?

Le gouvernement a budgété ce projet 3,6 milliards d'euros. L’on sait d’ores et déjà que ce montant ne lui permettra pas d’acheter 34 appareils. A titre d’exemple, en effet, une information ayant fuité du département d’État américain souligne que l’offre de prix pour les 34 F-35 à la Belgique s’élèverait à 5,4 milliards d’euros. Le Typhoon devrait être dans la même gamme de prix.

Si l’on ajoute à ces montants, les frais d’entretien, la formation des pilotes et la collaboration technique, le cout total de ce remplacement constituera une dépense de 15 à 20 milliards d’euros sur 39 ans. L'achat de ces avions aura donc des répercussions économiques sur deux générations de Belges, à l'heure ou le gouvernement demande à tous les citoyens belges de faire toujours plus d'efforts financiers pour combler le déficit public.

6A combien s'élève actuellement le budget de la défense belge ?

Il est actuellement équivalent à un peu plus de 0.9% du PIB, soi environ 4 milliards d'euros, une somme bien supérieure à celles allouées à d'autres budgets, notamment celui de la justice (0,7% du PIB) ou la solidarité internationale (moins de 0,4% alors que ce budget permet, lui, de travailler à un monde plus stable et plus en paix).

Le gouvernement s’est engagé à augmenter le budget de la Défense à 1,35% du PIB) d'ici à 2030. En prenant en compte l'inflation, cela équivaut à doubler le budget actuel !

Même une augmentation aussi importante serait visiblement encore insuffisante pour satisfaire les exigences militaires de l'OTAN et des États-Unis, puisque tous les États membres se sont engagés en 2014 à augmenter, à terme, leur budget de la défense à 2% du PIB.

C'est notamment ce qu'a rééxigé Donald Trump, déclarant avec véhémence que les Alliés de l'OTAN devaient "d'énormes sommes d'argent" et devraient payer leur part de 2% du PIB d'ici à 2024. La Belgique est déjà en train de suivre les injonctions du Président des États-Unis, puisqu’à cet investissement colossal pour le remplacement des avions de combat, s'ajoute l'achat récent d'un avion ravitailleur (260 millions d’euros), de drones, de véhicules blindés (1,2 milliard d’euros) et bientôt des navires de guerre et des chasseurs de mine (2 milliards d’euros). Difficile de prévoir combien de contrats d'armement supplémentaires prolongeront encore cette (trop) longue liste de dépenses inutiles… et qui grèveront encore davantage les autres budgets de l’État.

7Quel engagement de la Belgique à l'égard de l'OTAN est censé justifier une dépense de 15 milliards pour des avions de combat ?

La Belgique est membre de l'OTAN depuis sa création, en 1949.

Selon l'article 3 du Traité de Washington, elle doit "maintenir ou accroitre sa capacité individuelle et collective" de résistance à une attaque armée. Cela signifie que le Traité l'engage à affecter une part très importante de son budget à la défense pour participer aux opérations de l'OTAN. En effet, la part que chaque État consacre aux dépenses militaires doit correspondre à 2% de leur PIB (Q6) (bien supérieure au budget belge actuel de 0,9%). Un effort totalement impossible à fournir et à justifier, particulièrement au moment où tous les autres budgets (santé, justice, sécurité sociale, entre autres) subissent les coupes budgétaires drastiques sous les politiques d'austérité du gouvernement.

8Quelle est la politique de l'OTAN en matière d'armes nucléaires ?

L'OTAN manie, en la matière, le double langage. Elle prétend en effet être "attachée à la maîtrise des armements, au désarmement et à la non-prolifération des armes nucléaires", tout en demeurant une alliance nucléaire. Selon les déclarations officielles de l’OTAN en effet, la dissuasion nucléaire demeure en effet "un élément central de la stratégie d'ensemble de l'OTAN", et "la garantie suprême de la sécurité des Alliés". En outre, l'Alliance refuse toujours d'endosser la politique du "no first use", consistant à n'utiliser l'arme nucléaire qu'en réponse à une attaque nucléaire. Autrement dit, l'OTAN se réserve encore le droit de répondre à une attaque conventionnelle par une frappe nucléaire, avec toutes les conséquences dramatiques que cela entraînerait. Elle participe donc activement, au côté des autres puissances nucléaires hors OTAN, à la poursuite d'une course à l'armement nucléaire et constitue donc le premier obstacle au désarmement nucléaire mondial.

Récemment, face à la volonté des USA de moderniser son arsenal nucléaire (parue dans le Nuclear Posture Review américain -> mettre le lien hypertexte vers l’article de nonukes.be), la Russie a déployé de nouveaux missiles nucléaires sur son territoire de Kaliningrad, dans le Nord de l'Europe. La sécurité mise en avant par l'OTAN, dans la mesure où elle repose sur un équilibre de la terreur par la multiplication des armes de destruction massive, frise l'absurde. Gardons à l'esprit que si la Belgique venait à procéder à l'achat de 34 avions bombardiers à capacité nucléaire, elle prolongerait cette vision de la "sécurité" pour les 40 prochaines années.

9Qui possède le contrôle des armes nucléaires stationnées en Belgique ?

Selon les statuts de l'OTAN, ces armes atomiques restent sous le contrôle et la garde absolus des États-Unis. Mais ce sont bien des pilotes belges qui sont entrainés, dans le cadre des opérations de l’OTAN « SteadFast Noon », à transporter et à larguer de telles armes de destruction massive. Il serait donc hypocrite de la part du gouvernement de se décharger de la responsabilité du potentiel cataclysmique de l'existence de telles armes dans l'enceinte de Kleine Brogel, tout comme il est hypocrite de refuser d'assumer leur existence sans jamais la démentir.

Ajoutons que les bombes nucléaires stationnées à Kleine brogel vont être « modernisées » d’ici à 2020 pour les rendre plus légères, plus « précises » (dotées d’une nouvelle tête de guidage par gps) et plus « déployables ».

10Combien y a t il d'avions de combat en Europe ?
En 2014, on comptait un total de 2145 avions chasseurs-bombardiers dans l'ensemble des pays membres de l'UE. Un nombre infiniment supérieur au nombre d'avions de chasse nécessaires à la défense de l'espace aérien européen. L'argument selon lequel une des raisons principales de cet achat massif d'avions de combat serait la participation à la construction d'une Europe de la défense apparait donc comme un mensonge tant l’Union européenne est déjà, actuellement, en surcapacité en terme de chasse et de bombardiers.
11De quelles manières sont utilisés les F16 Belges actuels ?

Des 54 F16 de l'armée de l'air Belge, seuls 4 avions maximum sont nécessaires à la défense de l'espace aérien belge, sachant que la protection de l'espace aérien national est désormais commune entre les Pays Bas, la Belgique et le Luxembourg.

A la demande de l'OTAN, la Belgique doit être capable de lui fournir 48 F16 sur les 54 dont la Belgique dispose (30 appareils sur 34 après le remplacement), d'où ce nombre complètement disproportionné de F16 dans l'armée belge. Les avions de chasse belge sont donc presque exclusivement affectés aux opérations de l'OTAN et à la participation à des coalitions militaires ad hoc.

A la lecture de l’appel d’offre préparé par l’armée belge, l’on peut voir que le nombre de futurs avions belges qui seront affectés à la police de l'air sera de 2 à 4 tandis que le nombre envisagé d'avions belges qui seront mis la disposition de l'OTAN (et d’autres coalitions militaires) pour ses opérations extérieures va de 30 à 34 appareils !

A titre d'exemple, 4 F16 belges sont actuellement engagés dans une mission de police de l'air demandée par l'OTAN, à la frontière des pays Baltes. 4 autres F16 Belges ont participé à l'opération en Syrie et Irak contre Daesh, avant d'être rapatriés en Belgique le 26 décembre 2017.

12Quel est le bilan des opérations de l'OTAN auxquelles la Belgique a participé ?

Jusqu'ici, contrairement à ce que revendique l’OTAN qui les présente comme des entreprises de pacification, de protection ou de stabilisation, les interventions atlantistes se sont toutes révélées être des désastres. Loin de pacifier ou stabiliser les pays où elle est intervenue, l'OTAN a, bien au contraire, systématiquement contribué à aggraver la situation des États et des populations qui y habitent en les fragilisant davantage. Il suffit de prendre les exemples récents de l'Afghanistan, de la Libye et de l'Irak pour s'en rendre compte.

Afghanistan : Après les attentats du 11 septembre 2001, le président Bush déclare "la guerre contre le terrorisme". Cette déclaration va être le point de départ d'une intervention en Afghanistan dès 2001, à laquelle la Belgique participe depuis maintenant 15 ans (2003), avec 6 avions de combat jusqu’en 2016. L'Afghanistan était alors présenté comme le pays où s’étaient installées les bases arrière du terrorisme international.

Ce conflit, qui continue encore aujourd'hui, s'est complètement enlisé et est l’exemple type de l’absurdité des interventions extérieures armées pour le règlement des crises internationales. L'intervention de l'OTAN en Afghanistan a en effet renforcé le sentiment anti-occidental parmi la population Afghane, et contribué à une escalade de violence sur le terrain et a fait s’exploser le nombre d’attaques terroristes. Aujourd’hui, la situation est pire qu’il y a 15 ans et aucun élément ne permet de penser que la situation va s’améliorer dans l’avenir, tant que la stratégie militaire restera la seule envisagée.

L'intervention internationale en Afghanistan montre toute l'étendue de son échec : les pays de l'OTAN ont retiré la plupart de leur force, laissant un pays ravagé par la guerre. Le pays, loin d'avoir été stabilisé par ces interventions, est toujours le théâtre d'un conflit entre multiples groupes armés et forces gouvernementales faisant toujours plus de victimes parmi les civils.

Libye : En 2011, des manifestations populaires sont organisées en Libye dans la vague de ce qu’on a appelé le « printemps arabe ». Ces mobilisations glissent progressivement vers une guerre civile opposant les forces du Président libyen Kadhafi à des groupes rebelles armés. L'OTAN lance alors une opération, à laquelle la Belgique participe, afin de soutenir les rebelles libyens en visant, via des frappes aériennes, les positions de l'armée gouvernementale. L'objectif officiel était, d’après la Résolution de l’ONU, de « protéger les populations civiles » de la répression, ce qui n'a malheureusement pas empêché les avions bombardiers de l'OTAN de faire des victimes parmi elles (72 pertes civiles estimées).

Le colonel Kadhafi ayant été tué suite à une frappe aérienne française, les pays de l'OTAN se sont retirés de Libye, laissant le pays dans une situation politique chaotique, aux antipodes de l'objectif poursuivi par cette opération. Depuis lors (7 ans maintenant…), la Libye est embourbée dans une guerre civile où s'affronte de nombreuse milices armées pour le contrôle du territoire, et le pays est complètement fragmenté. Un bilan désastreux mais finalement prévisible, tant il est illusoire d'espérer pacifier un pays par des bombardements. Bombardements dont les Libyens paient, aujourd'hui encore, les conséquences désastreuses.

Irak : L'Irak est un pays ayant particulièrement souffert de la guerre depuis le début des années 1990. Alors qu'une intervention de l'OTAN est encore en cours sur ce territoire, il parait nécessaire de revenir sur les origines de cette instabilité, qui s'est particulièrement renforcée avec l'invasion de l'Irak par les USA et le Royaume Uni, en 2003.

L'intervention en Irak s'inscrit aussi, comme l’Afghanistan, dans le cadre de la "guerre contre le terrorisme" annoncée par le Président Bush. En 2003, les USA et le Royaume-Uni envahissent l'Irak pour renverser son dirigeant, Saddam Hussein. La raison officielle défendue par les États-Unis était la possession par l’Irak d'armes de destruction massive. En fait, l’on sait désormais que l'existence de ces armes a été montée de toutes pièces par les services américains pour justifier l’invasion illégale de l’Irak. Les preuves fournies pour la justifier ont été fabriquées. L'agent de l'ONU chargé de diriger l'enquête visant à les trouver, Hans Blix, déclarera au sujet de l'Irak : "dans le cas de l'Irak, il y a eu une tentative de la part de certains pays d'éradiquer des armes de destruction massive qui n'existaient pas".

Suite à cette intervention et au renversement de Saddam Hussein, le pays a fait face à une fragilité politique ayant considérablement facilité la conquête de deux tiers de son territoire par certains groupes sub-étatiques armés (notamment Daesh), 12 ans plus tard. Aujourd'hui, si Daesh semble vaincu, l'Irak est un véritable champ de ruine. Salmane al-Joumeili, ministre Irakien de la planification, a estimé le coût de reconstruction du pays à 88 milliards de dollars. La succession de guerres en Irak ont aggravé la méfiance et la défiance entre les différentes communautés qui composent ce pays.

Ces trois interventions constituent des exemples probants du fait que l'interventionnisme occidental contribue à déstabiliser davantage un pays et à jeter de l'huile sur le feu qu'à le pacifier. Ces interventions aggravent systématiquement le terreau sur lequel, notamment, se développent la violence politique et le terrorisme puisqu’elles aggravent la misère, l’isolement et le ressentiment des populations qui les subissent. Les interventions militaires détruisent encore davantage ce qu’il reste des appareils étatiques locaux, alors qu’il faudrait au contraire accompagner et renforcer leur développement tant ils sont, comme le rappelle l’ONU, les premiers remparts contre la violence et les guerres civiles.

13Pourquoi les frappes aériennes sont absolument inefficaces dans le règlement des conflits internationaux ?

L’on a vu au regard du bilan des interventions précédentes (Q12), qu'une intervention militaire était synonyme de conséquences catastrophiques sur la stabilité politique d'un pays et sur la sécurité de ses populations. L’on a vu que les interventions militaires favorisaient manifestement l’attrait et le développement de groupes sub-étatiques armés.

Or, les avions chasseurs-bombardiers sont aujourd'hui le vecteur privilégié pour faire la guerre à travers le monde.

Auparavant, l'objectif de ces frappes aériennes était de "bombarder massivement l'adversaire pour briser le moral des populations civiles afin qu'elles se retournent contre leurs gouvernements et exigent la paix" (doctrine Giulio Douet). Par la suite, les défenseurs de ce mode opératoire ont tenté de le rendre plus acceptable à travers le concept de "frappe chirurgicale" : la précision, la rapidité d'action et les risques moindres (pour celui qui les ordonne) sont mis en avant pour justifier leur utilisation systématique, qui s'accompagne de la présence au sol de "proxies", c'est à dire d'intermédiaires, de relais (ce peut être tant des groupes sub-étatiques armés que des mercenaires privés) soutenus par les puissances engagées dans le conflit.

En effet, les groupes sub-étatiques se sont adaptés aux frappes aériennes en ne se déplaçant plus qu'en petits groupes, ce qui les rend très peu repérables par un pilote d'avion de chasse en vitesse de croisière. De plus, ils sont difficilement identifiables et sont souvent établis dans des zones ou vivent de nombreux civils. Aussi, les frappes aériennes font régulièrement des victimes civiles et sont donc beaucoup moins précises que ce qui est couramment admis, sans parler du fait que des erreurs dans le choix des cibles sont souvent commises. Aussi, l'utilisation de ces avions de combat dans des opérations dites "de paix" semble bien loin des objectifs mobilisés pour justifier leur action (la paix, la protection, la stabilisation, etc). Il suffit de faire le bilan de ces victimes "accidentelles"(Q14) pour se rendre compte que l'aspect chirurgical des frappes aériennes n'est qu'une fiction. Au regard du potentiel infiniment destructeur des avions de chasse, il est absurde d'imaginer qu'ils puissent constituer des outils au service de la paix.

14Quels ont été jusqu'à présent les coûts matériels et humains de la Guerre contre le terrorisme ?

La guerre contre le Terrorisme, menée notamment via les multiples et infructueuses opérations extérieures de l'OTAN (Q12), aura coûté un prix exorbitant au contribuable de ses pays membres. Dressons un rapide bilan financier, en prenant l'exemple des États-Unis.

Dans un rapport publié en 2014, l'administration américaine présentait le coût des interventions en Irak et en Afghanistan : 1600 milliards de dollars ! Et ce nombre serait encore bien en deçà des réalités selon Joseph Stigliz, prix Nobel d'économie, qui estime dans son livre "The three trillion dollars war" que ce coût avoisinerait plutôt les 3000 milliards de dollars. C'est 4 fois plus que le prix de l'Obamacare (la couverture santé américaine), en danger aujourd'hui car elle coûterait trop cher selon Donald Trump. Le même Donald Trump qui demande des investissements toujours plus massifs dans la "défense" de la part des membres de l'OTAN (Q6).

Rien que pour la Belgique, l’on sait que l’intervention militaire en Afghanistan a coûté, entre 2003 et 2013, 1,2 milliard d’euros.

Et pour quels résultats ?

Selon le rapport de 2015 d'IPPNW, lauréat du prix Nobel de la paix, l’on peut estimer qu’1,3 millions de civils ont été tués en Irak depuis 2003, auxquels il faut ajouter 200 000 victimes en Afghanistan et 80 000 au Pakistan. Ce nombre a bien entendu augmenté depuis trois ans, mais il est très difficile à mesurer, d'autant que les pays membres de l’OTAN sont beaucoup moins attachés au décompte des victimes civils que de leurs propres pertes militaires.

Notons que ces chiffres ne prennent pas en compte toutes les victimes supplémentaires qui auront à souffrir pendant encore des années des innombrables mines et explosifs largués et disséminés dans la nature sur de vastes périmètres.

Dans tout les cas, le prix humain de l'ensemble de ces opérations extérieures est à l'image de leur échec : vertigineux.

15Pourquoi ne voulons-nous pas d'avion de chasse ?

A l'heure où les besoins de santé, d'éducation, de justice ou de solidarité internationale sont innombrables, le gouvernement s'apprête donc à jeter l'argent par les fenêtres en investissant jusqu'à 20 milliards d'euros (Q5) dans l'achat d'avions chasseurs-bombardiers à capacité nucléaire, afin de prolonger pour 40 ans, sa politique extérieure destructrice, concentrée sur le recours à des frappes aériennes qui, systématiquement, aggravent la situation qu’elles prétendent combattre (Q12).

40 ans donc. 40 ans d'efforts financiers à fournir pour chaque citoyen belge, 40 ans d'interventions censées « pacifier « des pays en crise à coups de missiles, 40 ans d'une course à l'armement frénétique et d'une conception de la sécurité basée sur l'équilibre de la terreur nucléaire. C'est donc au gouvernement belge de décider sous quel signe il souhaite placer les 40 prochaines années. Celui d'un gâchis d'argent absurde, ou celui du bon sens et du travail réel et constructif à la paix et à la sécurité, chez nous et dans le monde. Espérons qu'il fasse le bon choix.